3. Sous la IIe République et le second Empire
La révolution de février 1848 n'écarte pas Thiers de la politique comme elle écarte Guizot. Au contraire, le péril social surexcite l'ardeur combative de l'homme d'État. Thiers appuie la candidature de Louis-Napoléon à la présidence, moins par fidélité à la mémoire de Napoléon, qu'il a d'ailleurs toujours exaltée, que parce qu'il a pensé, comme les autres chefs conservateurs, que Louis-Napoléon l'emporterait de toute manière ; il publie un ouvrage sur La Propriété, défend l'Église contre l'Université, contribue à faire voter la loi électorale et antidémocratique du 31 mai 1850. Dans le fond, il admet pourtant la république, pourvu qu'elle soit conservatrice et que, dans un avenir plus ou moins proche, elle lui assure la première place. Le coup d'État du 2 décembre 1851, qu'il a annoncé, l'exile d'abord en Belgique puis en Angleterre. Il revient en France en 1852. Durant les premières années du second Empire, il s'abandonne à sa passion des voyages et mène à bien son Histoire du Consulat et de l'Empire, dont le succès est considérable. En 1857, Napoléon le traite d'historien national ; en 1862, l'Académie française lui décerne le prix biennal de littérature.
Cependant, la politique le tente toujours. Aux élections législatives de 1863, il est battu à Aix mais élu à Paris. Sa rentrée politique est un événement : Thiers s'impose non seulement à l'opposition mais à la majorité du corps législatif qui, au fond du cœur, lui donne souvent raison. Comme il l'a toujours fait, il défend le protectionnisme et conteste les résultats du traité de janvier 1860 ; il demande les « libertés nécessaires », il dénonce l'unité italienne et, plus encore, l'unité allemande. La Prusse, à l'entendre, est en train de reconstituer l'Empire de Charles Quint avec pour capitale Berlin et pour satellite l'Italie. En 1869, Thiers est réélu député de Paris. Lorsque se forme, le 2 janvier 1870, le cabinet Émile Ollivier, il reste sur la réserve, à la différence de Guizot et de la plupart des anciens orléanistes : il n'a pas confiance. Clairvoyance rare, qui cependant n'a jamais été aussi grande que lorsqu'il essaie en vain d'empêcher la guerre entre la France et la Prusse. La défaite ainsi que la tournée des capitales européennes qu'il entreprend malgré son âge, à la demande du gouvernement de la Défense nationale, pour rompre l'isolement de la France confirment son prestige, qui est alors à son apogée.
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