2. Au service de la monarchie de Juillet
Dans les Mémoires d'outre-tombe, Chateaubriand distingue Thiers de l'ensemble du personnel politique de la monarchie citoyenne : « Sans jalousie, sans petitesse, sans morgue et sans préjugés, il se détache sur le fond terne et obscur des médiocrités du temps. » Effectivement, sa carrière est rapide : député des Bouches-du-Rhône, ministre de l'Intérieur du cabinet Soult, puis ministre de l'Agriculture et du Commerce, à nouveau ministre de l'Intérieur. Par l'entremise de Simon Deutz, il assure l'arrestation de la duchesse de Berry, mène la lutte contre les émeutes républicaines d'avril 1835, contribue à faire voter les lois de répression dites lois de septembre. Il y gagne la haine des républicains, que Daumier exprime en caricatures vengeresses, mais il a le pouvoir et la fortune. En 1838, il épouse Mlle Dosne, mariage sur lequel courent des bruits fâcheux, qui lui donne une aisance qu'il apprécie. En 1834, il est reçu à l'Académie française. « Il n'est point parvenu, dit Talleyrand, il est arrivé. »
En 1836, Thiers est pour la première fois président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, mais il échoue dans sa tentative de marier le duc d'Orléans à une archiduchesse d'Autriche ; en outre, le roi, séduit par les ressources de l'esprit de Thiers, mais plus soucieux encore de « conduire son fiacre » comme il l'entend, s'inquiète de la politique espagnole de son Premier ministre, qui doit donner sa démission. Thiers retourne à l'opposition parlementaire et conduit contre le comte Molé un combat finalement heureux.
En 1840, Thiers retrouve la présidence du Conseil et le ministère des Affaires étrangères. Il veut, comme lors de sa précédente présidence, que la France ne se laisse pas dominer par les intérêts matériels, ne « s'accroupisse pas sur sa chaufferette ». Il désire l'achèvement de la conquête algérienne ; il fait décider le retour des cendres de Napoléon. Toutefois, il entend maintenir l'Entente cordiale avec l'Anglete […]
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