2. La formation de l'idée de physique sociale (1831-1835)
Les deux mémoires qui sont à la base de toutes les recherches ultérieures de Quételet sur les faits sociaux sont parus tous deux en 1831. Ce sont d'abord les Recherches sur la loi de la croissance de l'homme, puis les Recherches sur le penchant au crime aux différents âges. L'idée centrale du second mémoire concerne la constance du « budget » du crime au fil des ans ; la priorité lui en a été contestée par le statisticien français Guerry, mais elle semble bien, après examen, devoir lui revenir. Un troisième mémoire, paru en 1833, porte sur le développement du poids. Quételet avait clairement conçu à ce moment l'idée d'une « physique sociale ». Aussi, en 1835, regroupe-t-il, ses mémoires antérieurs pour en faire un volume intitulé Sur l'homme et le développement des ses facultés, avec ce sous-titre révélateur : Essai de physique sociale. Une deuxième édition augmentée paraît en 1869, les titre et sous-titre étant inversés. En guise de préface, Quételet inclut dans la deuxième édition un long essai de l'astronome britannique J. Herschel paru dans l'Edinburgh Review (1850) et rendant compte en termes très favorables de certains de ses ouvrages, dont ses Lettres... sur la théorie des probabilités (1846). À la constance des taux de criminalité observés précédemment, il ajoute, en 1835, la démonstration de la régularité des suicides par année, et celle des taux de nuptialité par sexe et par tranche d'âge. Ces caractéristiques « morales » sont les seules dont il ait réellement fait la démonstration dans ses écrits.
Dès 1830, Quételet a énoncé les principes théoriques généraux de sa statistique morale (on peut dire en langage moderne de sa sociologie). Ils établissent d'abord l'extrême régularité des phénomènes sociaux en général, avec pour corollaire l'idée que l'application des techniques statistiques permet d'établir l'existence de régularités empiriques, et que ces régularités sont dues à des causes : elles sont pour lui « de l'ordre des fai […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



