3. L'accomplissement
Rentré de son périple avec la nostalgie des îles, Chamisso se vit traiter à Berlin en savant explorateur. On admira ses collections, il fut fait docteur et nommé directeur adjoint du Jardin botanique. Il allait désormais se consacrer avec cœur à cette fonction inespérée : c'était le vrai début de l'enracinement.
Devenu fonctionnaire, Chamisso songe vite au mariage et choisit pour cette nouvelle vie une jeune Prussienne qu'il a connue avant 1815 : Antonie Piaste. Il l'épouse en 1819 ; ils auront six enfants. Dès lors, Chamisso se tourne vers la poésie et écrit, à usage privé, des poèmes didactiques aimables sur la famille, les étapes de la vie, tel Amour et vie de femme (Frauenliebe und -leben). Le ton en est naïf, teinté d'humour, la veine fade et traditionaliste.
En 1827, à l'occasion d'une réédition de Schlemihl, Chamisso se décide à publier ses poésies ; c'est un grand succès qui le place parmi les « classiques » de l'Allemagne de l'époque et renforce son enracinement. Ses efforts sont couronnés quand on lui confie en 1832 une tâche nationale, la direction de l'Almanach des muses (Deutscher Musenalmanach). Il va y regrouper pendant cinq ans la production des diverses écoles poétiques du pays. L'émigré qu'il fut se sent alors totalement adopté par sa nouvelle patrie.
Après bien des malheurs, Chamisso réussit donc sa « germanisation ». Il n'est guère d'autre exemple d'une telle transplantation outre-Rhin.
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