2. Naissance du « Spectator »
À quelque chose, malheur... C'est pendant les années de disette tory que la collaboration entre les deux hommes va se fondre en une seule entité artistique. Depuis 1709, Steele dirigeait un journal trihebdomadaire, le Tatler, conçu selon une formule nouvelle. Or, le 11 janvier 1711, Steele signait l'acte de décès du Tatler. C'est qu'il a décidé de lancer avec son illustre ami un nouveau journal, le Spectator, moins ouvertement whig, dont l'objet serait d'émousser les arêtes trop tranchantes de la vie et d'élever le niveau de la moralité individuelle. Le Spectator paraîtra en deux séries : la première du 1er mars 1711 au 6 décembre 1712, où Steele et Addison ont écrit l'essentiel de 251 numéros, le reste étant l'œuvre d'écrivains satellites ; la seconde, du 18 juin 1714 au 28 décembre 1714, à laquelle Steele ne participera pas et dont le ton est plus grave, plus ennuyeux. Le succès de la revue fut énorme et son influence sur la postérité hors de proportion avec sa courte durée. Au café, dans les salons, à la sortie des temples, on lit partout le Spectator. Du gentilhomme à l'aubergiste, de la grande dame à la soubrette, tout le monde s'en régale. Malgré le droit de timbre institué par un pouvoir jaloux, le tirage se maintient aux environs de quatre mille exemplaires, avec des pointes de dix mille. Des rééditions successives achèveront de répandre dans tous les milieux cet éphéméride aux feuilles désormais éternelles.
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