Utilisée aussi bien dans les sciences biologiques que dans les sciences humaines et sociales, la notion d'adaptation est un outil de compréhension des phénomènes du monde vivant à la fois nécessaire et très débattu. Elle désigne en effet à la fois l'état d'un être vivant du point de vue des rapports plus ou moins adéquats au milieu que lui autorise son organisation interne, et le processus qui permet d'atteindre cette adéquation, qu'il se situe au niveau de l'individu (ontogenèse) ou de l'espèce (phylogenèse).
Un détour par l'étymologie vient confirmer cette double signification originelle. Le mot est construit sur la racine indo-européenne ap- signifiant atteindre et attacher, qui a donné en latin les verbes apere et aptare, joindre, dont le participe aptus, (bien) attaché, a donné en français « apte à » (et son opposé, ineptus, « impropre à »). En se liant au préfixe ad marquant l'idée de but ou de visée (ad-aptare), la notion était fin prête pour une longue carrière pluridisciplinaire.
Science suprême jusqu'au xviie siècle, la théologie reconnaissait ainsi dans la parfaite adaptation des êtres une preuve de la Providence divine. Ce discours téléologique ou finaliste a dû céder la place aux modèles évolutionnistes, appuyés sur les accidents du milieu et les mutations internes. En biologie, l'idée d'adaptation est donc indissociable de l'idée d'évolution, qu'elle contribue à affiner en relançant incessamment la question du « comment ? ». En sciences sociales, l'étude des phénomènes d'adaptation et/ou de résistance des individus ou des groupes permettent de questionner les concepts rebattus d'intégration ou d'assimilation sociale. En psychologie sociale les études du phénomène de l'adaptation sont innombrables. Focalisée sur les changements de l'individu, sur les mécanismes par lesquels celui-ci se rend apte à appartenir à un groupe, la notion a parfois servi à légitimer une conception étroitement intégrationniste, négligeant les interactions entre le groupe et ses membres. L'individu doit sans doute partager jusqu'à un certain point les valeurs, opinions et attitudes du groupe pour être accepté, mais ce dernier doit aussi nécessairement faire preuve d'accommodements s'il veut durer. Dans tous les cas, l'observation des comportements est au principe des différentes théories qui explicitent les mécanismes et les modalités de l'adaptation.
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