6. L'appropriation de l'expérience
L'appropriation de l'expérience précède l'accession à la connaissance. Elle est essentielle pour dominer le cheminement qui conduit du geste à l'aisance, du geste au pouvoir. Elle est nécessaire pour renouveler les expériences, pour s'ancrer dans le monde, pour s'adapter. Mais elle est toujours l'intrusion dans un champ social dans lequel se retrouve l'autre. Alors, elle se développe sur lui, à ses dépends, et projette en retour des tensions qui n'ont pas été pourtant désirées. Trois composants président à ce mouvement : un champ d'expérimentation, le temps et l'autre.
Il existe un consensus qui satisfait au départ les protagonistes. Mais il induit une série de réactions en chaîne. Celui qui détient le savoir devient le domestique de celui qui ne le connaît pas. La situation de pouvoir de l'expérience (savoir conduire une voiture, faire la cuisine) se retourne en situation de servitude.
L'autre se retrouve en situation princière : commander, attendre, être éventuellement mécontent. Mais l'interdiction de l'accès à l'expérience induit des champs aveugles chez l'individu, des zones de vide.
Les tensions du monde extérieur favorisent l'appropriation de l'expérience. Les contraintes de travail, le manque de temps, la nécessité d'action rapide, la peur de l'accident ou la peur du ridicule.
Tous ces éléments se conjuguent pour participer à l'entreprise globale de l'expérience, de l'adaptation ou de l'inadaptation de la personne à son monde. Chaque portion d'expérience permet l'accès à un champ de création, chaque dépossession produit une pathologie plus ou moins douloureuse ; l'appropriation du corps de l'autre produit des défaillances, maladresses, énurésie, timidité, colère, dépression, débilité en secteur ou parfois destructuration.
L'adaptation psychologique procède d'un continuel discours entre la personne et son monde. Immergée dans une atmosphère sociale, la personne dialogue et construit un récit autour de la réalité en confrontant ses décalages […]
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