2. L'école classique
La Richesse des nations n'a jamais cessé d'être considérée comme une œuvre fondamentale. La première raison tient à l'ouvrage lui-même : œuvre de synthèse, elle ne contient rien de nouveau, mais toutes les connaissances économiques du temps sont présentées autour d'un concept central – la richesse nationale – en un système général et cohérent ; on ne se trouve plus en face de visions peut-être plus géniales, mais fragmentaires, comme celles de Pierre de Boisguilbert et de William Petty à la fin du xviie siècle ou de François Quesnay en 1758. En outre, Smith connaît fort bien l'histoire économique et confronte sans cesse sa pensée et les faits.
On comprend alors que l'ouvrage ait constitué le fondement d'une école, l'école classique, qui a régné jusqu'au milieu du xixe siècle et dont les représentants les plus notables ont été Malthus, Ricardo et Mill. Ainsi Malthus a-t-il approfondi le mécanisme de la croissance en mettant en valeur les phénomènes de population et l'écart entre la croissance potentielle et la croissance effective. Même Marx a contracté une dette importante à l'égard de Smith, puisque l'idée de ce dernier suivant laquelle le travailleur n'est pas rémunéré pour la totalité de son travail a servi de base aux thèses de l'exploitation et de la plus-value.
La seconde raison de la faveur qu'a connue l'ouvrage tient au moment de sa parution. L'Angleterre, première puissance mondiale des années 1770, est en plein bouleversement : la technique progresse à la suite des inventions réalisées dans les branches textile et sidérurgique ; la hausse de la population commencée vers 1740 a revêtu une forte ampleur et changé la dimension du marché ; les enclosures transforment le paysage agraire, modifient les classes sociales et créent une main-d'œuvre prête à s'employer dans l'industrie ; la guerre d'indépendance américaine pose le problème des relations extérieures. L'instant paraît venu d'engager le pays dans la voie de l'industrialisation et d'accroître encore sa pu […]
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