Oehlenschlaeger est le plus grand écrivain romantique danois, celui aussi dont l'œuvre manifeste le mieux les influences allemandes dont est né ce mouvement en Scandinavie. Il écrivit d'ailleurs indifféremment en danois ou en allemand. Bon vivant, issu d'un milieu bourgeois de Frederiksberg, il hésite, après de bonnes études, entre le droit et les lettres. S'il faut en croire une tradition passablement entachée de légende, la fameuse rencontre qu'il fit du polygraphe Henrik Steffens, Norvégien vivant en Allemagne, aurait décidé de sa carrière. Après une entrevue qui aurait duré seize heures et au cours de laquelle Steffens l'aurait initié aux théories nouvelles des Allemands Fichte et Schelling, Oehlenschlaeger se serait précipité chez lui pour écrire d'un seul jet Les Cornes d'or (1802) : il s'agit des deux cornes à boire, en or, de l'époque viking, que des Vandales avaient volées. Oehlenschlaeger y voit une punition des dieux à l'encontre de la génération déspiritualisée de son temps et prêche donc un retour aux sources qui marque le début du romantisme nationaliste danois. Dans le même élan, ses Poèmes (1803) inaugurent ce que l'on est convenu d'appeler l'« âge d'or » danois en littérature. Il y reprend Les Cornes d'or et y ajoute des poèmes tirés des ballades médiévales ou folkeviser, des pièces célébrant les grands rois du passé, des descriptions amoureuses de la nature et un poème-programme, Le Jeu de la Saint-Jean, satire de l'« âge des Lumières » qui édicte les canons du romantisme naissant : culte du passé, droit à la passion contre les conventions bourgeoises, amour de la nature. Les Écrits poétiques (2 vol., 1805) ne font que développer cela. On en retiendra surtout « Le Voyage à Langeland » dont le but est de saisir « Jésus-Christ ressuscité dans la nature » — les saisons coïncidant avec les phases successives de la vie du Christ, l'évangile de la nature suffisant à éclairer la victoire de la lumière et du bien —, et « Aladdin » qui manifeste, de façon symboliq […]
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