2. Lyrisme et patrie
Ses premières œuvres respirent l'atmosphère du romantisme européen : des ballades, inspirées les unes de Schiller, d'autres du fonds populaire lituanien et biélorusse auquel se rattachent aussi les scènes du culte des ancêtres évoqué dans la deuxième partie des Aïeux (Dziady) ; des légendes faisant revivre le passé lointain (Grażyna) ; une inspiration orientaliste où une couleur locale dense s'unit à la méditation lyrique, comme dans les Sonnets de Crimée (Sonety Krymskie, 1828).
Konrad Wallenrod (1828) est encore une histoire médiévale d'amour et de mort, mais, sous le voile de la vengeance d'un Lituanien contre les chevaliers Teutoniques, c'est la Pologne martyrisée par l'Empire russe qu'il faut deviner, comme ne le firent pas les censeurs russes...
Est-il permis d'utiliser des moyens moralement répréhensibles pour une œuvre louable, de trahir pour venger sa patrie ? Ce problème, qui fait souffrir Wallenrod, Mickiewicz se le posait, et plus encore après la crise religieuse qu'il a traversée à Rome. Dans la troisième partie des Aïeux, écrite à Dresde, Conrad représente l'orgueil prométhéen, qui va jusqu'à défier Dieu, et qui exige de lui la puissance armée pour libérer sa nation (la célèbre « Improvisation ») ; mais la victoire ne peut être acquise que par l'humilité et l'amour, la confiance dans les volontés de Dieu ; c'est ce qu'annonce le prêtre Pierre, avec la venue de l'homme nouveau.
Le Livre des pèlerins polonais (Ksiŗegi narodu polskiego i pielgrzymstwa polskiego, 1832) formule ce message moral et politique de façon explicite. Composé en versets de type biblique, faisant appel aux paraboles, il propose un programme de régénération intérieure et d'action militante au service du messianisme : la Pologne est le Christ des nations, l'étendue de ses souffrances est le signe de sa vocation et l'assurance de sa résurrection. Elle est appelée, dans un monde corrompu par l'esprit de lucre et par la soif de puissance, à faire triompher, pour le bénéfice de toute l'humanité, le […]
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