2. De l'art analytique au « langage-matériau »
L'actionnisme doit beaucoup aux travaux des artistes et écrivains de la Wiener Gruppe, actifs dès 1955 et dont Gerhard Rühm est le plus illustre représentant. Ceux-ci prônaient l'abolition du langage – surchargé à leurs yeux – afin de parvenir à une expression purement matérielle et sensuelle, formée de bruits et d'onomatopées. Dans leurs spectacles, ils cherchaient à perturber les sentiments du public (agressivité, ennui) en jouant avec son émotivité. Fortement inspirés par les cabarets littéraires de la Wiener Gruppe, les actionnistes viennois éditent une revue en 1969, Die Schastrommel (Le Tambour pétant), dans laquelle leurs œuvres sont publiées à côté des textes des poètes. Les actionnistes s'inspirent également des travaux de la Wiener Gruppe sur le langage, mais transforment cette manipulation psychique en manipulation poétique et physique. Á partir de 1960, ils utilisent le corps humain comme n'importe quel objet et ses expressions les plus extrêmes comme langage artistique.
Sous l'influence de Brus, Otto Muehl introduit le geste spontané et incontrôlé dans sa peinture, allant jusqu'à se rouler sur les toiles. En 1961, avec le sculpteur Adolf Frohner, il décide de détruire symboliquement et physiquement le tableau de chevalet.
Dans les Materialaktionen (actions-matériaux) de Muehl (Léda et le cygne, action, 1964), les substances utilisées ne sont pas uniquement picturales : substances liquides épaisses (ketchup, œufs, excréments), poudres colorées ou farine. Elles sont choisies moins pour leur valeur symbolique que pour leurs propriétés physiques. Muehl, Brus ou Nitsch (Nitsch utilise le sang animal comme matériau libérateur) ont recours à ce « langage-matériau » pour provoquer les sensations les plus extrêmes chez les spectateurs, du vomissement à l'excitation sexuelle.
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