5. L'actionnariat populaire
On n'entendra pas ici par actionnariat populaire la diffusion progressive de l'actionnariat dans des couches de plus en plus modestes de la population, à la faveur de l'enrichissement général des nations industrielles et de l'extension de la classe moyenne, mais un effort conscient entrepris de longue date pour essayer de surmonter la méfiance, voire l'hostilité foncière du monde du travail salarié à l'égard des privilèges que le capitalisme assure aux propriétaires des entreprises, et donc aux actionnaires et à leurs mandataires. Faire d'un ouvrier, serait-ce accessoirement, un actionnaire de sa propre société paraît en effet, au moins en théorie, un moyen de le faire évoluer d'une attitude de conflit à une mentalité d'associé. Il s'agit, tout le moins, d'une méthode pédagogique qui peut l'aider à mieux comprendre les rôles respectifs du travail et du capital.
Il est sans grand intérêt – autre qu'historique – de passer en revue les nombreuses procédures utilisées à cette fin car elles ont pratiquement toutes échoué ; on peut, en gros, distinguer celles qui visaient à constituer un actionnariat individuel et celles qui visaient à constituer un actionnariat collectif.
Dans le premier cas, le salarié recevait, en complément de traitement ou à titre de participation à un bénéfice, des actions qui lui étaient distribuées gratuitement ou qu'il pouvait souscrire à un prix préférentiel. Bien accueillie aux États-Unis, dans les années d'euphorie boursière, cette forme d'actionnariat n'a pas résisté à la grande crise de 1929-1933. Au lendemain de la guerre, l'expérience a repris, sans entraîner un véritable engouement. Dans les autres pays industriels, et notamment en France, où la contestation à l'égard du capitalisme était plus vive, les résultats ont été négligeables.
Il fallait beaucoup d'optimisme, il est vrai, pour imaginer que la détention de quelques actions pût changer sensiblement le sort et la psychologie du « prolétariat ». Au moins eût-il ét […]
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