5. Le héros et la société
Seuls et incertains, vivant en exil, les héros d'Arnim restent aussi isolés dans leurs rapports avec les autres hommes : confusions et hallucinations marquent le retour du majorataire dans la ville ; Isabelle a un moment son double, un golem, pour rivale, et elle est entourée d'êtres étranges sortis du règne végétal ou de la légende ; Dolores se laisse séduire par son beau-frère sans le reconnaître ; la princesse croit longtemps, mais à tort, que Karl est épris d'elle et qu'elle a été réellement sa maîtresse. Ces exemples reviennent si fréquemment qu'au-delà de leur valeur individuelle c'est petit à petit l'ensemble de la société qui est ainsi mis en question. Il n'est que de songer aux Affinités électives de Goethe, avec lesquelles Arnim avait voulu rivaliser en écrivant Dolores, pour mesurer à quel point celui-ci innove. La société où jouent tragiquement les « affinités » reste stable, satisfaite d'elle-même, se complaisant à son propre spectacle. L'architecte y bâtit « pour l'éternité », mais Arnim se refuse à y croire, et il écrit à Bettina, sur un ton où le sérieux le dispute à l'humour : « Remercions Dieu et son serviteur Goethe de ce qu'une partie d'une époque sur son déclin est engrangée pour l'avenir en une représentation fidèle et détaillée. » Arnim, lui, voit la société de son temps, entre autres, par le truchement du long rêve de l'enfant Traugott, comme un champ clos où des forces contradictoires se livrent combat. Les unes conservent vivante la leçon des temps anciens et même légendaires, porteurs du message de foi et d'harmonie qui permettra aux générations futures d'envisager sans peur les transformations inévitables et de les instaurer sans rupture avec le passé. Les autres forces qui s'agitent au sein de la société actuelle sont celles qui refusent l'exemple du passé. Elles se montrent éprises de toutes les nouveautés et s'abandonnent dans la confusion la plus complète à une agitation stérile et destructrice. Il faut noter que les représentants de ces deux coura […]
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