3. L'intervention du rêve
L'intervention du rêve dans la vie et la confiance avec laquelle les héros d'Arnim s'y abandonnent sont un autre symptôme de leur solitude incertaine. Mais il importe ici de prévenir une confusion tentante pour notre époque. Le rêve n'est nullement, chez Arnim, le cloaque qui charrie les épaves d'un naufrage antérieur. Ses rêveurs découvrent et créent dans leurs songes un autre monde que le réel, un monde plus riche, plus harmonieux, plus vrai que celui de la vie quotidienne. Ce rêve est dirigé vers l'avenir, il commence là où finira plus tard l'œuvre de l'analyste. Cette vision est douée d'une beauté cohérente ; même si elle est symbolique et reste mystérieuse, elle présente à l'homme qu'elle enrichit ce qu'il doit acquérir pour se rapprocher des autres hommes et s'efforcer d'atteindre à une conscience et à une maîtrise plus lucide de son destin et de celui de l'humanité. Le rêve se situe ici au-delà de la passion. « La passion, écrit Arnim, permet seulement de percevoir le cœur de l'homme dans sa vérité originelle, le chant sauvage de l'homme, pour ainsi dire, et c'est pourquoi aucun poète n'a sans doute été sans passion. Mais la passion ne fait pas le poète, bien plus, personne n'a créé quelque chose de durable au plus vif de son empire, et c'est seulement après son accomplissement que chacun peut bien refléter ce qu'il a éprouvé. »
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