2. Situation actuelle du problème : la perspective sociologique
Malgré tous ces progrès, le « culturalisme » nord-américain ne pouvait satisfaire les esprits européens, et l'apport de l'Europe (l'Europe de la sociologie ou de l'anthropologie sociale tournée vers l'anthropologie culturelle) à la clarification des problèmes de l'acculturation nous paraît considérable : il ne tend à rien de moins qu'à une révision de tout le système théorique élaboré en grande partie d'abord en Amérique.
Certes, il est indéniable que le culturel et le social peuvent se dissocier, et nous comprenons bien le point de vue américain, car ces dissociations ont été découvertes surtout dans les ethnies indiennes ; certaines d'entre elles sont complètement désorganisées, destructurées, cependant les individus conservent jalousement et maintiennent – sur la ruine de leurs systèmes sociaux détruits par l'arrivée des Blancs – les valeurs culturelles et leurs systèmes de pensée dans leur intégrité primitive. D'autres tribus au contraire ont perdu leurs systèmes anciens de valeur, ont adopté ceux des Blancs (sous l'influence surtout des missionnaires catholiques ou protestants) sans que leurs systèmes économiques, politiques et sociaux se soient désorganisés ; les normes de la vie communautaire résistent aux efforts déployés pour intégrer les Indiens aux nouveaux systèmes économiques, aux partis nationaux, à une société de type capitaliste et à famille nucléaire. Ces faits incontestables dépendent cependant, en dernière analyse, des situations dans lesquelles les contacts s'établissent, et avec l'apparition de cette nouvelle variable, les situations sociales de contact, la sociologie va rompre le cercle enchanté du culturalisme. Balandier en France, Gluckman en Angleterre, en parlant de la situation coloniale, n'ont pas été sans doute les premiers à employer l'expression et à souligner le fait ; on la trouve chez Herskovits et nous avons noté que le type des relations, amicales ou hostiles, était une des variabl […]
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