3. Accompagnement et composition
Il était plus que normal qu'une réaction se produisît. Elle eut lieu dès la fin du xviiie siècle, au moment où les compositeurs prirent conscience que les interprètes les trahissaient trop souvent au point de vue de l'« étagement harmonique ». Le même phénomène allait d'ailleurs se renouveler quelques dizaines d'années plus tard, lorsque Rossini, irrité des libertés que prenaient les cantatrices dans les cadences laissées jusque-là à leur improvisation, se mit à en écrire toutes les notes... C'est, bien entendu, l'écriture orchestrale qui, la première, bénéficia des soins des compositeurs. Découvrant les joies et les richesses de l'instrumentation, ces derniers se refusèrent à laisser à des exécutants le soin de déterminer l'accomplissement sonore de leurs partitions ; continuant toujours à laisser la bride sur le cou aux instrumentistes à clavier, ils se mirent à étendre leurs recherches instrumentales dans le domaine de l'orchestre ; le xviiie siècle tout entier est plein de joyeuses et merveilleuses découvertes sonores, qui sont à la base de notre orchestration moderne.
Pour que l'accompagnement au clavier prenne, lui aussi, le même tournant, il faudra attendre la fin du siècle. Passant d'abord par le stade de la réalisation exactement écrite par le compositeur, cet accompagnement va en arriver bientôt à une forme pour ainsi dire « personnalisée » ; le soutien du chant – ou de toute ligne mélodique instrumentale – va acquérir une originalité, une vie, un caractère propres. Après s'être contenté, pendant des siècles, de raffiner sur la simple ligne mélodique, le compositeur s'aperçoit qu'il peut également donner tous ses soins à cet « accompagnement » jusque-là négligé.
Cette évolution suit d'ailleurs à peu près exactement les progrès effectués dans le domaine de la facture des instruments ; le piano, succédant au clavecin, ouvre de nouveaux horizons aux musiciens. L'écriture pour clavier va aussitôt en profiter, et l'accompagnement va suivre presque immédiatement. Là est la raiso […]
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