4. L'effet académique
Cet impératif d'innovation apparaîtra-t-il à la postérité comme une autre forme d'académisme ? Il est trop tôt pour en juger, mais il est certain que le phénomène académique (au sens strict qu'il revêtait du temps de son triomphe, et non pas sous la forme négative, péjorative, qui tend à lui être assignée depuis lors) renvoie à un ensemble de caractéristiques tout à fait spécifique.
Il s'agit, tout d'abord, d'un effet d'institution, à travers une formalisation à plusieurs niveaux : formalisation juridique (confirmation par lettres patentes ; privilèges tels que l'exemption du service militaire ou de certaines taxes ; tenue de registres, comptes rendus, procès verbaux) ; formalisation politique, à travers la signature du roi et l'engagement de l'État, attestant la reconnaissance de l'utilité publique de l'académie, ainsi distinguée d'une académie privée ; formalisation, enfin, au niveau de la pratique, par la fixation d'un mode de fonctionnement (le règlement), d'un lieu et de dates régulières de réunion.
Un autre effet spécifique du phénomène académique est l'« effet de corps » : le regroupement des pairs, par un processus de dé-singularisation, autorise la formation d'une identité collective fondée sur l'exercice d'une activité donnée et sur l'universalisation des intérêts. Cette identité collective (dont la première concrétisation est le choix du nom de l'académie) se soutient d'un double processus d'identification ou d'assimilation entre semblables, et de distinction ou de différenciation vis-à-vis des profanes.
Autant dire que toute académie est, foncièrement, un processus élitaire, un instrument de sélection et de regroupement des « meilleurs » (selon les critères en vigueur). Ainsi, on ne s'étonnera pas d'y trouver à l'œuvre divers principes de sélection, tel le sexe : les femmes étant soit exclues, comme ce fut le cas durant trois siècles et demi de l'Académie française, soit admises en nombre très limité par un numerus clausus (elles se comptaient sur les doigts […]
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