2. La conception positive de l'absolu
La réflexion qui extrait de nos paroles, de nos discours, la logique formelle qui les règle et les systèmes syntaxiques qui les structurent en diverses langues, risque de s'oublier elle-même devant ses propres produits. Alors ceux-ci apparaissent immédiats, comme des données objectives : les lois et les formes, éléments premiers, commanderaient le langage effectif, décideraient des événements seconds que sont nos propos. Ainsi le logicien ou le linguiste est-il tenté d'inverser l'ordre réel en considérant les résultats de son abstraction méthodique indépendamment de celle-ci qui, pourtant, est l'œuvre de la réflexivité du langage en acte. Mais ce dernier suppose un auteur, il est conduit et engage le sujet qui le parle. Par conséquent, la substitution du système au sujet forge une représentation et non une conception fidèle au statut du langage.
Toutefois, les sciences ne mettent à jour que des systèmes partiels et l'invocation du système, de la totalité des relations coordonnées, ressortit à la métaphysique. Si donc persiste l'oubli de la réflexion dans la représentation d'une structure objective, il faut l'intervention de la catégorie « absolu » pour supposer une nécessaire structure des structures. Ainsi se conjuguent les deux propositions : le système est objet, le système est absolu.
• Leibniz
La difficulté demeure ici celle des individus, comme tels. Si l'on refuse de les résoudre dans l'apparence illusoire, il faut montrer que le système absolu, l'absolu comme système, loin de les résorber, leur confère l'être, puisqu'il est posé comme l'unique mesure de ce qui est. Le génie de Leibniz s'y est employé. Chaque être, explique-t-il, est sa détermination propre, intrinsèque, mais puisque toute détermination implique le tout systématique des déterminations, il faut que le système complet soit implicitement présent pour qu'un individu possède une réalité substantielle. Ce qui signifie que chacun d'entre nous exprime et répète à sa manière, d'un point de vue déterminé, selon sa détermination propre, l'unique système qu'est le réel absolu. Ainsi serait résolue l'antinomie de l'Un et du multiple : l'absolu est un, il est système, mais sa lecture est multiple infiniment et donne lieu à la multiplicité des expressions possibles.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 6 pages…



