2. Un modèle étagé universel
Or, affirme Werner, les formations générales s'observent toujours dans un ordre de superposition constant. Il se défend fortement de bâtir une quelconque « théorie de la Terre ». C'est uniquement, affirme-t-il, d'après l'enseignement du terrain qu'il fait siennes les idées déjà exprimées par Torbern Olof Bergman, Johann Gottlob Lehmann, Georg Christian Füchsel et Pyotr Simon Pallas sur la constitution de l'écorce terrestre. Les montagnes comprennent, selon lui, de bas en haut et de leur centre vers les plaines : un cœur granitique, puis gneissique et micaschisteux qui est l'Urgebirge, c'est-à-dire la « formation primordiale » ou « primaire », dont Werner séparera une « formation de transition » (Übergangsgebirge), faite surtout de schistes et de grauwackes ; en contrebas et à plat, une formation de roches sédimentaires variées (Flötzgebirge, ou « secondaire ») ; enfin, les terrains de la « formation de délavage » (Aufgeschwemmtegebirge), composés de graviers, de sables. L'ensemble résulte tout uniment de précipitations successives des substances dissoutes ou remaniées au sein d'un océan universel en retrait progressif, y compris les granites et les couches basaltiques interstratifiées à divers niveaux ; les filons eux-mêmes ne sont que des fractures remplies per descensum par voie humide.
Cette conception pan-neptunienne, atectonique, pour archaïque qu'elle fût, devait donner une grande impulsion à la stratigraphie naissante : « Notre Terre, disait Werner, est fille du temps et s'est formée graduellement. » Elle impliquait évidemment une corrélation simple biunivoque entre l'âge des grandes formations universelles et leur nature lithologique, et paraissait à Werner pleinement se justifier sur le terrain dans le cadre étroit de l'Erzgebirge saxon, avec ses curieuses coupoles cristallines aux enveloppes concentriques foliées en écailles d'oignon.
Au-delà d'idées géogéniques pour nous rudimentaires, l'affirmation wernérienne d'une unité mondiale de constitution lithologique selon un modèle étagé reste un apport fondamental. Ce modèle sera rénové sous le nom d'étages structuraux, concept utile à qui veut décrire en termes généraux la structure comparée des continents : les déroulements cycliques « huttoniens » de chaque âge engendrent des bâtis lithologiques étagés « wernériens », étrangement homologues d'une bande orogénique à l'autre malgré leur hétérochronie.
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