4. Spiritualité : le Dreaming et la terre
Les sociétés aborigènes diffèrent beaucoup selon les régions et leur environnement. Mais certains principes leur sont communs, notamment le concept de Dreaming (rêve). Plutôt que comme un âge d'or mythique des origines et de la création, il faut l'entendre comme la mémoire virtuelle de tout ce qui fut, est et sera une mémoire de la terre et du cosmos. En ce sens, le Dreaming constitue un espace-temps parallèle où les hommes se ressourcent en rêve et dans les rites, pour réactualiser les attaches spirituelles qui les associent individuellement et collectivement à des sites terrestres. Les ancêtres, qui ont présidé à la formation de ces lieux, à la reproduction de toutes les espèces animales et végétales, de l'eau, de la pluie et de toutes les formes culturelles, continuent à agir à chaque naissance et dans l'environnement : ils sont eux-mêmes des Dreamings, des mémoires qui se matérialisent sous de multiples formes, site, faune, flore, nuage, ouragan, et tout enfant à naître. À ce titre, chacun est considéré comme l'incarnation d'un esprit totémique du Dreaming propre à la communauté.
Sur tout le continent, des milliers de toponymes sont nommés : tout accident topographique, colline, rocher, source, tout arbre un peu ancien, toutes les rivières, les ruisseaux et les lits de sable qui ne se remplissent d'eau que pendant la saison des pluies, les estuaires et les récifs. Que les sites soient pour nous naturels – grotte, dépôt d'ocre, etc. – ou culturellement marqués de peintures, gravures rupestres, pétroglyphes ou arrangement de pierres, tous, du point de vue des Aborigènes, sont la trace vivante du passage ancestral de héros fondateurs et de leur présence éternelle sous forme d'esprits veillant sur les hommes. Tous les lieux nommés sont donc les balises d'un patrimoine culturel et spirituel. La terre est comme un livre rempli de signes vivants.
De tout temps, certains sites étaient communs à plusieurs groupes et leur gardiennage s […]
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