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JUNQUEIRO ABÍLIO MANUEL DE GUERRA (1850-1923)

Poète portugais le plus représentatif de sa génération. En Junqueiro se croisent les principales tendances de son temps : un romantisme humanitaire, le réalisme, avec une ouverture vers le symbolisme, et, bien sûr, le saudosismo, ou regret nostalgique du passé. Ses premiers vers sont édités, et estimés, alors qu'il a seulement quatorze ans. D'abord destiné à l'état ecclésiastique, il opte pour le droit, qu'il étudie à Coimbre, tout en s'adonnant au journalisme. Diplômé en 1873, lié au Cénacle de Coimbre, il publie Mort de don Juan (1874), où il fustige le donjuanisme comme une forme de perversion sociale. Il devient secrétaire de mairie, puis député. Sa Muse en vacances (Musa en férias, 1879) se ressent de l'influence des Chansons des rues et des bois de Victor Hugo, dont il partage la philanthropie panthéiste. L'anticléricalisme de son maître à penser l'incite à écrire La Vieillesse du Père éternel (A Velhice do Padre eterno, 1885) suivie de Prometheu libertado, qu'il n'achève pas, laissant donc incomplète cette Fin de Satan portugaise. La crise politique de 1890 le convertit à l'idéologie républicaine. Datent de 1891 deux violentes satires contre la maison de Bragance, Finis Patriae et La Chanson de la haine (Canç ao do odio). Pátria, qui leur fait suite (1896), exprime un patriotisme élégiaque. De ce temps date sa demi-conversion à un christianisme conciliant. Retiré dans ses terres du Douro, il s'enthousiasme pour le symbolisme, sans pour autant renoncer à la grandiloquence qui, avec l'amour des humbles et sa stupéfiante facilité poétique, sont les traits dominants de son art. Après Les Simples (Os Simples, 1892), il donne deux autres poèmes humanitaires : Oraison du pain (Oraç ao do p ao, 1903), et Oraison de la lumière (Oraç ao da luz, 1904). Il sert le régime républicain, dont il est à Berne le représentant diplomatique. Mais, déçu, il désavoue l'idéologie de son œuvre à la fin de sa vie.

Junqueiro a voulu être un penseur en même temps qu'un poète. Il est en réalité un visionnaire, créateur d'images frappantes, de vastes fresques, où les idées les plus banales prennent vie et couleurs, et la spontanéité de ses rythmes permet à une émotion intense et sincère de se faire jour. C'est le plus grand mérite des poèmes de lui qui ont survécu, tels « Retour au foyer » et « Petite Meunière » (dans Les Simples), et les deux prosopopées de Finis Patriae, « La parole est aux taudis », « La parole est aux condamnés ».

Roger BISMUT

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Écrit par :  Michel BERVEILLER

Dans le chapitre "Derniers avatars. Dissonances et contradictions"  : …  moderne : A Morte de Dom João (La Mort de Don Juan) du poète portugais Guerra *Junqueiro et, d'autre part, cette exaltation du génie contempteur des lois, le drame allégorique, également versifié, du Français J. Aicard : Don Juan 1889. Dans le foisonnement des variations qui ont continué de proliférer jusqu'à nos jours… Lire la suite

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