Dès ses débuts, à l'aube des années 1980, Abel Ferrara se forge une réputation enviable dans le cercle des cinéphiles américains amateurs de séries B. Son statut, d'abord lié à un phénomène typiquement new-yorkais (il est né dans le Bronx), passe progressivement de celui de cinéaste culte à celui d'auteur, avec l'affirmation d'un style et d'un univers de plus en plus personnels, que consacre une reconnaissance internationale à partir des années 1990. Au moment même où le cinéma indépendant américain perd ses repères artistiques et économiques, Abel Ferrara semble avoir l'ambition d'en incarner aujourd'hui à lui seul l'authenticité, mais aussi la mythologie, revendiquant sa marginalité avec intransigeance, tout en faisant preuve d'un talent certain pour donner à sa carrière un considérable écho médiatique.
Les premiers films d’Abel Ferrara reposent sur des scénarios dont la fantaisie outrée témoigne de sa manière d'apprécier au second degré le cinéma de genre le plus mineur. Dans The Driller Killer (1979), le cinéaste interprète lui-même (sous le pseudonyme de Jimmy Lane) un peintre qui, pris de folie, massacre clochards et drogués à la perceuse électrique. Dans
