Fils d'un descendant du grand Muḥammad ibn Sa‘ūd, unificateur de l'Arabie au xviiie siècle, ‘Abd al-‘Azīz n'avait pour lui, à vingt ans, que sa prestance (il mesurait près de deux mètres), sa vitalité et le prestige attaché au nom de sa famille. Son père, chassé de sa capitale, Riyād, par l'émir Ibn Rashīd allié aux Turcs, avait dû se réfugier à Koweït. En 1902, ‘Abd al-‘Azīz réunit quarante hommes et s'élance vers Riyād : ainsi commence, dans cette société demeurée à l'écart du marché mondial, où survit le mode de vie et de production ancestral, et sous l'œil vigilant de la Grande-Bretagne, la puissance qui contrôle la région, une des plus extraordinaires épopées guerrières du xxe siècle.
Pendant les trente-deux années que dura la conquête de la Djazīrat al-‘Arab (la péninsule Arabique), ‘Abd al-Azīz fit preuve d'une maîtrise parfaite dans l'art de la guerre du désert et, plus encore, d'une habileté consommée face à ses adversaires. Il eut recours à la ruse pour prendre Riyād (1902), à son charisme personnel pour fanatiser quelques tribus lors de la libération du Nadjd (« Me voici parmi vous, ô mes frères ! »). Il exalta la vraie foi wahhābite lors de la guerre du Ḥasā (1913) mais n'hésita pas à faire allégeance à la Grande-Bretagne durant la Première Guerre mondiale (1915). Avant de s'attaquer aux villes saintes du Ḥidjāz, La Mecque et Médine, il se fit conférer le titre de sultan par un concile des ulémas ; une fois son rival, le charīf Hussein, éliminé (1926), il devient roi du Ḥidjāz. Pragmatique, il n'hésitait pas à enfreindre, s'il le jugeait nécessaire, les règles de la morale wahhābite : en 1927-1929, il dut affronter une révolte de l'élite de son armée, les Ikhwān (confrérie de bédouins guerriers fraîchement sédentarisés), qui l'accusaient de trahir les idéaux de la vraie foi. Et dès l'année suivante, il sollicita l'aide financière de Moscou, cette métropole satanique, pour renflouer ses caisses. En 1932, le royaume d'Arabie Saoudite était fondé, et, après une dernière expédition gue […]
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