2. Un manifeste de la décadence
L'histoire de cet aristocrate sujet à la névrose, héritier des mélancolies de René et du dandysme de Baudelaire, « chrétien et pédéraste, impuissant et incrédule ; schopenhaueriste par raison, catholique par fond de terroir », comme l'écrivait Huysmans à Zola, allait profondément marquer la génération des écrivains de 1870-1880.
Salué par un article célèbre de Barbey d'Aurevilly, À rebours fut ainsi perçu comme le manifeste de la décadence, via les poèmes de Baudelaire et les textes critiques de Paul Bourget, dans l'atmosphère de pessimisme (Schopenhauer, Hartmann) et de fascination pour les pathologies morbides qui prévalait alors. Le livre mettait aussi en avant deux personnages clés de cette jeune génération. D'abord Paul Verlaine qui, de retour en France, allait devenir l'une des figures d'élection des jeunes poètes fascinés par la « dernière bohème » de ce parnassien, compagnon d'Arthur Rimbaud et qui venait de faire paraître Les Poètes maudits. Ensuite Stéphane Mallarmé, dont l'œuvre était encore disséminée dans les revues, et dont les mardis de la rue de Rome allaient réunir la jeune génération décadente puis symboliste.
Après le Parnasse, courant promouvant l'art pour l'art, Huysmans présentait l'histoire d'un individu tournant définitivement le dos à la vie et transformant son existence en œuvre d'art. Le goût de Des Esseintes pour la perversité, son attrait pour les mystifications étaient aussi dans l'air du temps. L'impact d'À rebours s'étendit jusqu'à l'Angleterre en la personne d'Oscar Wilde, qui le cite dans Le Portrait de Dorian Gray (1891) et se prolongea avec Monsieur de Phocas de Jean Lorrain (1901).
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